L'Inutile - Oberhausbergen (Centre ville - 67)

HISTOIRES D’O

En mathématiques, tout commence avec le chiffre zéro ; à Oberhausbergen, tout commence (ou finit) par la lettre O.

Le nom de la commune, bien sûr, puis toute une déclinaison de lieux publics et de commerces qui ont adopté le « O » dans leur poétique : le PréO, en tête, suivi par BolérO musique et danse, l’agOra, l’IlOt, l’escadrille RestO – L’atelier de l’Optique – le fournil d’O, mais aussi les burgers JO, L’Orchidée, les crèches de TiliO… Jusqu’à la statue érigée devant la mairie, L’Après Histoire, qui ouvre son Œil géant sur les badauds.

 

Et pourtant. Le O peut être considéré comme un symbole enfermant, un cercle clos : écho du cliché de l’Alsacien qui protège son pré carré, jardin clôturé et volets mi-clos ? Ou O de la métrOpOle de Strasbourg, qui cantonnerait les communes limitrOphes à un rÔle périphérique ? Nenni. Pas question pour Ober de se contenter de tourner en rond ou d’arrondir les angles.

 

ExOtisme

 

En arpentant le pavé oberhausbergeois, on met ses pas dans ceux de Baudelaire et de son Invitation au voyage : Madjid, le kabyle-alsacien, salue chaque passant au cri de « Schgüt ?! », plus local que les locaux ; son accent est teinté de Kochersberg autant que de Gouraya. Il a rapporté des pieds de menthe de Béjaïa, qu’il transplante dans les bacs municipaux de la rue des Vosges. Il attrape une feuille dentelée, la froisse entre ses doigts ; le parfum qui s’en dégage nous transporte sur les plages où, jeune homme, Madjid confectionnait des colliers ornés de coquilles d’huîtres, apparat de séduction : « À l’époque, je n’avais qu’un seul short, cousu par ma mère… Après le bain de mer, je l’enterrais dans le sable brûlant… Il en ressortait sec en quelques minutes seulement ! » Madjid évoque les sandwichs à la tomate et les pastèques « enterrées sous la vague », toujours fraîches, avant d’adresser un nouveau « Schgüt » tonitruant à un voisin.

Quelques centaines de mètres plus loin, c’est Mike, le tatoueur polynésien, qui ouvre une parenthèse antipodique (voir notre article en pages intérieures) ; et encore, Albert, résident à Prévert, qui égrenne dans une litanie les pays qu’il a eu la chance de visiter : Russie, Cambodge, Indonésie, Vietnam, Sri Lanka, Tunisie, Grèce…

 

Le mOuv

 

Aux heures pendulaires (matin, midi et 16h-18h), la ville s’anime : des vélos de tous acabits (électriques ou à propulsion musculaire, cargos ou solos, pour jeune actif ou pour mamie) jaillissent sur la piste cyclable, la circulation se densifie et les arrêts de bus se garnissent. Les petites frappes qui squattaient les abribus dans les années 1960 à 90 ont cédé leur place à des septuagénaires fringantes, qui attendent aux côtés des lycéennes, étudiants et travailleurs le 17 pour la Rotonde, direction la capitale de l’Europe.

C’est la route de Saverne, artère vers ailleurs, qui irrigue le cœur d’Ober. Les acteurs de ce mouvement participent-ils à la vie municipale ?

Louis travaille dans un cabinet d’expert-comptable au Valparc : pour lui, Ober n’est qu’une plateforme par laquelle il transite entre boulot et dodo. Ses interactions avec la vie de la commune se limitent à un sandwich acheté le midi au Carrefour City ou à la boulangerie. Sofiane, en 4e année de pharmacie, se projette volontiers dans le coin : « J’aimerais rester à Ober, proche de mes parents. » Avant, il habitait « en ville », aujourd’hui il se trouve « plus à l’aise, parce qu’il y a moins de bruit. » Mais il ne fréquente pas le PréO, ni aucune asso. Même constat pour Fabio qui, bien qu’originaire du Stockfeld, a choisi de venir s’installer à Ober avec sa compagne dans un but précis. Barista à Cafés du Monde, en plein Stras, il cherchait un endroit « calme, à l’écart du brouhaha permanent du centre. », et est heureux de l’avoir trouvé. Dans L’Invitation au voyage, toujours, ce cher Charles lâche son vers le plus fameux, qui semble parfaitement coller à Ober : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté. »

 

MétrO, boulOt, dOdO

 

Dès lors, une problématique apparaît : comment faire bouger une ville que les habitants choisissent précisément pour son calme ? C’est le défi que s’attache à relever chaque jour le tissu associatif et sportif, les commerçants, la salle de spectacle ou le marché hebdomadaire de la cour du PréO.

La ville accompagne le mouvement de sa population : aujourd’hui, les cours de ferme ancestrales sont reclassées en équipements culturels, en garages auto ou en logements (au 40 de la rue du Général de Gaulle, le contraste entre les colombages traditionnels et le bardage certifié BBC est saisissant), les anciens commerces de bouche du centre deviennent des échoppes de restauration rapide, et les terrains vagues, des squares aménagés pour les enfants.

Reste à conjuguer la mémoire des anciens aux aspirations des contemporains pour signer notre copie d’un O, qui veut dire Ober. Des O partout, des O tout le temps, au point qu’on imagine le tableau de Monoyer, chez l’opticien, se barder de la voyelle chérie.

Vous lirez dans ces pages comment Ober vit liée (jeu de mots) à Strasbourg, mais conserve toute sa fOrce de caractère.

 

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