L'inutile - Remennecourt (55)

REMENNECOURT, la maladie d’amour

Lorsque la foudre frappe l’église Saint-Louvent de Remennecourt, en 2006, le clocher est réduit en cendres ; sa reconstruction prendra plusieurs mois. Le chantier de la charpente sera assuré par Le Bras Frères, qui, quelques années plus tard – excusez du peu – rénovera la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

L’adage veut que « la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit » : alors, après l’église, le cœur des Salés[1] ? Nous avons posé cette question aux habitants de Remennecourt : « Et vous, quel coup de foudre a marqué votre vie à jamais ? »

 

Les timides bottent en touche, les pudiques répondent – à juste titre – que ça ne nous regarde pas. Parfois, on sent que le coup de foudre a fait long feu : un nuage voile les regards, la faute à un deuil encore vif, à un souvenir trop prégnant. Mais, la plupart du temps, notre interlocuteur ne creuse pas ses méninges bien longtemps : l’évidence frappe la mémoire, et l’être aimé refait surface en un éclair… Ce camarade d’école, cette masseuse rencontrée en cure, cette chaleur des feux de la Saint-Jean, ce visage croisé dans le train et qu’on ne reverra jamais… Dis-moi comment tu aimes, je te dirai qui tu es.

 

Tinder surprise

 

« Moi, mon coup de foudre, je l’ai eu sur les réseaux sociaux, se réjouit Gladys. C’est là que j’ai rencontré mon mari, et, 2 ans après, voilà le résultat ! (elle montre l’enfant qu’elle porte dans ses bras) Comme quoi ça marche, hein ! »

Les rencontres amoureuses sont-elles plus faciles de nos jours grâce à Internet ? Demandez aux nouvelles générations… Théo, 20 ans, dit qu’il est trop jeune, « mais peut-être que cette année… » Thomas, 19 ans, est tombé follement amoureux d’Angèle en élémentaire, à l’occasion d’un challenge sportif inter école organisé par la Copary : « Elle venait d’un autre établissement… Moi, j’étais un peu foufou, mais j’n’ai rien osé lui dire… Quelques années plus tard, en 3e, j’ai retrouvé Angèle à l’anniversaire d’une amie commune ! Elle m’a demandé si j’avais un réseau social. J’ai répondu la vérité : « non », et la conversation s’est arrêtée là… Mais, qui sait, on se recroisera peut-être encore une fois ? » Noa, 22 ans, rencontre Charlotte à l’anniversaire d’un pote. Ils ressentent aussitôt « l’impression de se connaître depuis toujours. » Le coup de foudre débouche sur une histoire intense qui dure deux ans.

 

La corde au cou

 

Corinne, de passage dans le village avec sa boulangerie à quatre roues, célèbre son mari Jacky : « Ça fera 40 ans le 23 mai 2027. On se connaît depuis le collège… On a fait 4 merveilleux enfants qui nous ont donné 8 petits-enfants. » Michel rend lui aussi hommage à sa moitié, avant de concéder un coup de foudre plus insolite, celui qu’il a éprouvé – et éprouve toujours – pour une région : « Le Pays basque. Je m’y suis senti bien d’entrée. J’y suis allé pour la première fois en 1961. Mes premières fêtes de Bayonne, c’était en 1964. Je n’ai jamais vu des fêtes comme ça… Tu rentres à 3, 4h du matin, ça baise dans tous les coins ! À Bayonne, neuf mois après les fêtes, les maternités sont pleines ! »

Le coup de foudre peut être familial, aussi. Pour Christine, rien ne vaut sa fille Laure, dont le caractère orageux file la métaphore.

 

Don Juan

 

« Ma plus grande histoire d’amour… c’est souvent ! » Éric, en vrai Don Juan, a été confronté à la gent féminine dès son plus jeune âge : « À huit ans, j’accompagnais mon père aux Pays-Bas, où il allait acheter des taureaux… Je me demandais ce que faisaient ces dames en vitrine. » Le séducteur devient sensible lorsqu’il évoque les vrais amours de sa vie, ses chiens, avec qui il a toujours eu une relation privilégiée : « Ce sont des membres de la famille… Aujourd’hui, je n’en prends plus, parce que je m’attache trop. » Le dernier compagnon d’Éric s’appelait Gulliver. « Parce que je lui faisais découvrir le monde… Tiens, j’ai relu Les Voyages de Gulliver il n’y pas longtemps. J’aime l’aventure et les romans d’aventure ! »

« Des coups de foudre ? Mais y’en a trop pour que je me souvienne de tous ! Bon, mettez Morgane, mon mari, parce qu’il lit votre journal, confie Sandra, la secrétaire de mairie, qui souhaite garder l’anonymat. Après, un coup de foudre, ça ne dure pas, c’est le principe… »

Et encore, le coup de foudre entre Kévin et Ophélie, promeneurs à la Ballastière. Kévin raconte : « Je connaissais l’ex-compagnon d’Ophélie. Ce dernier m’a demandé de déposer sa femme à l’arrêt de bus. Elle est montée dans la voiture, ça a été immédiat. Pourtant on se connaissait d’avant, et on ne pouvait pas franchement se voir, mais là, ça a été fou. Tout est allé vite ensuite. Au bout d’un mois on s’est installé ensemble, et puis on est devenu parents. » La princesse s’appelle Félicia : un hymne à la joie.

 

Fulgurance

 

Sylvie n’a pas connu de coup de foudre, elle, mais un coup de barre : « En juillet 94, une mini tornade a perturbé la fête du village. J’avais mis mes deux petites à l’abri dans l’étable qui aujourd’hui est devenue la salle des fêtes… Moi, j’étais dehors, inquiète comme tout, occupée à chercher Angélique, mon aînée, lorsqu’une partie de la structure d’un barnum m’est tombée dessus. Je pense avoir été touchée à l’épaule, mais mes filles jurent que c’était à la tête… Je me suis fait une belle frayeur. »

Didier est le seul de nos interrogés à avoir été victime d’un coup de foudre au sens propre. En août 2014, il est occupé à charger sa caravane pour les vacances, sur son terrain, lorsqu’il voit des éclairs strier le ciel, au loin. Didier ne se méfie pas, car l’orage est distant d’environ 10 bornes. Et pourtant : la foudre descend un poteau tout proche, puis traverse la terre avant de remonter… par Didier. « Quand je suis arrivé à l’hôpital, l’infirmière m’a pris dans ses bras en m’appelant : « mon coup de foudre. » »

Le coq qui était juché sur le clocher au moment de l’impact, en 2003, est précieusement conservé à la mairie, comme une preuve que le coup de foudre existe pour de bon.

[1] « Salé » est le gentilé non officiel des Remennecourtois. On l’attribue au fait qu’au temps du Comté de Bar, on prélevait l’impôt sur les caravanes de sel précisément à Remennecourt, pour le compte du Comte.

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