L'Inutile - Sarreguemines (57)

À l’invitation de la Ville de Sarreguemines, et dans le cadre de son CTEAC, nous intervenons avec Gautier Colin auprès de deux groupes d’ados fantastiques, à la Ludothèque de Beausoleil et au Centre Socioculturel Riv’Droite. Le dessinateur de BD Hippolyte nous offre ce qui restera peut-être comme la plus belle UNE du journal.

OISEAUX DE PASSAGE

Nous avions rendez-vous avec les oiseaux. À Beausoleil, les grues cendrées, de retour d’Afrique, donnent la réplique aux corbeaux, qui craignent que les dernières venues ne volent leur trésor de détritus. Le héron emblème de la ville, baptisé Patapon par le CMJ [1], se manifeste de loin en loin, sur le flanc des véhicules municipaux, dans les sculptures des jardins ou peint sur les murs de la salle de lutte. Et le nom des rues – mésanges, merles, rossignols, fauvettes – et les histoires de migrations, humaines celles-ci, et l’adolescence, qui est elle aussi un passage, entre enfance et âge adulte.

En attendant que le beau soleil – le vrai – daigne enfin pointer le bout de son nez, nous nous prenons à rêver de volatiles exotiques, venus d’ailleurs, perchés sur les platanes émaciés du quartier.

 

À Beausoleil, les gamins voient rouge – terrain rouge, toile rouge, bloc rouge. Les habitants se plaignent parfois de drôles d’oiseaux – les choufs, vendeurs à la fauvette – ou de ceux qui mettent le feu aux poubelles. Mais tout le monde défend son pré carré : « Ici, c’est la cité, c’est la rue, mais c’est bien. » On aligne ses vêtements sur les étendoirs au pied des immeubles, les intimités exposées sur la place commue – on a l’habitude de laver son linge sale en public.

Rive droite, on tient le pavé devant le foyer AMLI, en attendant des papiers d’identité qui semblent ne jamais devoir arriver. Ce coin de ville attend une identité tout court. Pris en étau entre les quartiers des faïenceries, des maraîchers et de l’Allmend, l’endroit peine à se reconnaître dans un récit collectif ; mais à l’instant précis où un réfugié albanais nous confie un peu de son histoire, un aigle, comme surgi du drapeau de son pays, survole le parvis.

À travailler aux côtés de jeunes âgés de 11 à 20 ans, on réalise que l’adolescence aussi est un périple semé d’embûches ; on cherche la confiance en soi, oisillon tombé du nid – ou prêt pour son premier envol – flamant qui ne sait sur quel pied danser, ou paon en parade, au temps des premières amours.

D’un quartier à l’autre, d’un château d’eau à l’autre, avec les ronds-points et les zones d’activité pour frontières, nous nous nourrissons de confidences : le soleil manque, mais de chouettes adolescents se chargent d’apporter la lumière.

[1] Conseil Municipal des Jeunes

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